41 JOURS FACE A COVID-19

Témoignage COVID-19

Vous allez me dire que ce billet de blog n’a rien à faire ici, pas faux … Rien à voir avec le digital et le B2B ! C’est clair. C’est juste le meilleur endroit que j’ai trouvé pour témoigner de 41 jours face à COVID-19.

Dans les médias, nous entendons sans arrêt parlé des cas bénins qui guérissent en 10 jours ou des cas graves qui finissent en hospitalisation, voire en réanimation. Or, entre les 2 nous sommes de plus en plus de patients à souffrir d’une forme plus longue, que beaucoup de médecins de ville découvrent en même temps que nous … Vous trouverez dans ces lignes mon témoignage personnel en tant que personne atteinte par cette maladie, qui est angoissante et même parfois terrifiante par ses symptômes.

Et dire que ce SARS-Cov-2 de la famille des coronavirus ne devait donner qu’une petite grippe …

La fatigue

Mercredi 4 mars, je suis en réunion de comité executif. Impossible de me concentrer et de prendre des notes, je suis épuisée au point de m’endormir en tenant ma tête en appui sur mes mains pour faire illusion. Pourtant ces derniers jours j’ai bien dormi. Je me dis qu’il est tant que je prenne des vacances, le début de l’année à été bien rempli avec tous les sujets et projets autour de l’expérience client.

Samedi 7 mars, en parlant de vacances, je suis en pleine préparation de celles de cet été que je souhaitais faire dans l’ouest américain. A cette occasion je me rend chez un ami pour qu’il me donne ses astuces et bon plan pour avoir déjà été dans cette région. Durant l’après-midi, j’ai un coup de chaud et je toussote 2 fois. Je m’éclipse rapidement. L’épidémie de Covid-19 commence déjà à faire ravage dans l’est de la France à cette époque. Pas la peine de contaminer mon hôte et sa famille si jamais j’ai chopé cette cochonnerie !

Toute la semaine suivante se passe bien, dans la société où je travaille on commence à s’organiser pour travailler de plus en plus en télétravail. Par chance, au sein de la société, c’est une chose courante et admise et nous avons tous les outils pour cela. Mais passer d’un télétravail occasionnel à un télétravail de masse nécessite une organisation et une logistique différente. Le management et l’IT s’organisent pour cela.

Semaine 1, la toux

Vendredi 13 mars, le confinement n’a pas été encore officiellement prononcé par le gouvernement, néanmoins une bonne partie de la société est déjà en télétravail. De mon coté, je commence à developper une toux sèche … J1 … Le WE se passe bien, j’ai une toux sèche régulière mais très peu gênante.

Première semaine de confinement du 16 au 20 mars : nous sommes tous en télétravail. Même si de mon coté de par mes précédentes expérience, je suis habituée à travailler avec des personnes à distance, c’est une nouvelle manière de travailler pour mon équipe marketing. Il faut donc mettre en place des nouvelles habitudes et méthodes de travail et maitriser de nouveaux outils de communication interne comme Zoom ou Telegram.

Entre 2 quintes de toux je participe à mes différentes réunions à distance. Travaillant dans le domaine de l’énergie, nous sommes directement touchés par l’annonce Mardi 17 mars à la télé d’ Emmanuel Macron concernants les aides exceptionnelles aux entreprises en difficulté suite à ce confinement. Avec mon équipe je passe donc la semaine à établir un plan de communication de crise COVID-19 avec différentes actions marketing. Malheureusement, je ne verrai pas l’application finale de ce plan : samedi 21 et dimanche 22 mars, je ne suis vraiment pas bien, en plus de la toux, je me sens vraiment patraque, j’ai un peu de fièvre et mes premiers frissons. COVID-19 commence à être réel pour moi …

Semaine 2, premier RDV chez le médecin

Lundi 23 mars, J11 : premier et dernier rendez-vous physique chez mon médecin avant une longue série de RDV en version vidéo … En prime de la toux et d’une légère fièvre, j’ai une diarrhée. Diagnostic : COVID-19. Je ne suis pas testée car nous sommes rentrés dans la phase 3 de l’épidémie. Mon médecin m’arrête 10 jours. Je suis confiante, je suis une personne en bonne santé, non fumeuse, très rarement malade, avec aucun historique de maladie aggravante pouvant mener au décès. Aucun doute, dans une semaine au plus tard je serai sur pieds après le passage de cette petite grippe … Je reprendrai le travail bien avant les 10 jours, c’est certain !

Mercredi 25 mars, J13, premières tensions dans le bas des poumons. J’ai l’impression d’avoir le diaphragme contracté et courbaturé, comme si j’étais hyper stressée. Cela va durer 3 jours puis partir d’un coup. Je suis convaincue que c’est grâce à tous mes exercices de respiration, détente et de méditation en pleine conscience…

Vendredi 27 mars, J15 : télé consultation de suivi avec mon medecin, il prend des notes consciencieusement, mais ne s’avance pas. Je comprendrai plus tard avec la suite des événements pourquoi… A part une légère oppression au niveau du diaphragme, pour moi tout va bien.

Samedi 28 et dimanche 29 mars, J16 et J17, je me remets à tousser de plus belle, mais je n’ai plus de tension dans les poumons et la fatigue est moins présente. Reste juste une légère fièvre. Pas de doute, je suis sur la voie de la guérison ! La toux est sûrement une toux irritative résiduelle !

Semaine 3, je suis guérie et, premier appel au 15 …

Lundi 30 mars, J19, vient s’ajouter une fatigue intense, comme rarement j’en ai ressentie. La dernière était justement pour une grippe qui a duré 15 jours il y a 25 ans ! Je suis épuisée, impossible de faire quoi que ce soit, même pas regarder la télé ! et il me reste une légère oppression dans le bas des poumons qui me gène un peu pour respirer.

Mardi 31 mars, J20 je suis guérie c’est sûr ! Je respire normalement, plus aucune gène au niveau des poumons, l’air passe merveilleusement librement, je ne tousse plus, au niveau digestif tout va bien, et en prime je pête la forme !! Je me permets même une petite balade d’une demi-heure, avec une petite course de 300 mètres dans mon quartier (avec un masque) pour profiter du beau temps. C’est bon je serai d’attaque pour reprendre le boulot jeudi, ce n’est pas une petite fièvre résiduelle qui va m’arrêter !

Nuit de Mardi à Mercredi 1er avril, J21, début du cauchemar … Ce n’est effectivement pas une petite fièvre résiduelle qui va m’empêcher de reprendre le boulot… Il est 2h00 du matin, mes poumons ne répondent plus, l’air rentre difficilement dedans, je me concentre sur toutes mes techniques de respiration pour me calmer, mais rien n’y fait c’est comme si j’avais un poids de 10 tonnes sur mes poumons qui les empêchaient de se gonfler ! Je cherche mon souffle en vain. J’ai l’impression d’être un poisson rouge que l’on a sorti de son bocal et qui ouvre veinement la gueule pour aspirer son eau … Je finis par appeler le 15 … D’après leur diagnostic au téléphone, je ne suis pas assez essoufflée pour être hospitalisée, par conséquent à moi de voir avec mon médecin le lendemain … On est le 1er Avril, c’est une blague, c’est çà ???!!! Eh bien non … Je finis par me rendormir, je ne sais pas comment … Surement trop épuisée de fatigue.

Mercredi 1er avril, J21, en plus d’une grande difficulté à respirer, j’ai maintenant mal à la tête et à la gorge, cela me tire affreusement au niveau des oreilles. Lors de la téléconsultation avec mon médecin, il m’annonce qu’un centre sanitaire d’urgence COVID19 s’ouvre le lendemain dans un gymnase dans la ville d’à coté. Il m’y prend RDV et prolonge mon arrêt de travail de 15 jours !

Jeudi 2 avril, J22, au lieu d’être derrière mon bureau en télétravail avec un léger rhume comme cela peut arriver, je suis dans un gymnase assise sur une chaise entourée d’être humains habillés en cosmonautes … Malgré toute leur humanité et leur gentillesse, j’ai l’impression d’être une pestiférée … On m’ausculte, on prend mes constantes dont ma saturation d’oxygène qui est à 98%. Pour eux, tout va bien, aucun symptômes graves. Ceci dit, c’est vrai, puisque aujourd’hui comme par hasard, je ressens juste une légère oppression qui ne m’empêche pas du tout de respirer ! Le docteur qui me reçoit me prescrit quand même de la ventoline en plus du paracétamol. Je me demande si ce n’est pas moi qui devient dingue et qui invente tous mes symptômes d’essoufflements… La nuit de jeudi à vendredi me prouvera le contraire : c’est le feu dans ma poitrine, j’ai l’impression que l’on me passe les poumons au napalm et cela remonte vers le cou. Et en prime mes avants bras me démangent affreusement !

Vendredi 3 avril, J23, J’ai beaucoup de mal à respirer, j’ai l’impression d’avoir un étau autour de mes poumons et cela remonte de plus en plus vers la gorge. Je prends RDV en urgence avec mon médecin qui lui même me prend RDV au centre COVID le lendemain matin. Dans la nuit, c’est tout un festival de sensations étranges dans mon corps. Une sensation de chaleur et de picotements navigue du bas de mes poumons, au haut de mes poumons, dans mes bras, dans mon cou puis dans mon ventre. Cela tourne une bonne partie de la nuit comme ça sur les différentes parties de mon corps.

Samedi 4 avril, J24, de nouveau je vais bien … Je respire tout à fait correctement, à peine une petite gène et une petite diarrhée… Je commence à me dire qu’ils vont me prendre pour une hypochondriaque au centre COVID … Le nouveau médecin qui me reçoit me dit toujours la même chose, pas de symptômes graves madame, tout va bien … Vous avez passé la zone critique, il faut être patiente, le temps que vous éliminiez le virus. Dans la fin de l’après-midi je peine de nouveau à respirer. Je ne suis donc pas dingue, hypochondriaque peut-être ?! Je me couche avec 2 bouffées de ventoline et un doliprane !

Semaine 4, le moral craque

Dimanche 5 avril, J25, à mercredi 8 avril, J27, je ne vais pas arrêter d’alterner périodes avec différents symptômes du COVID-19 et des périodes plus calmes avec juste une légère oppression. Ainsi, parfois je cherche des positions incroyables pour respirer du mieux possible, ou alors, je suis à l’écoute des sensations de chaleurs picotantes qui naviguent dans mon corps. Dans ces moments je m’imagine que le virus fait une promenade dans mes différents organes, il fait sa visite des lieux, qui manifestement doivent être confortables… Les périodes où je vais mieux, je me demande, quand cela cela va recommencer …

Cet aller retour entre périodes où je vais mieux et périodes remplies de symptômes pénibles est un vrai supplice chinois !!! Il porte bien ses origines ce virus !! Mais surtout cela mine le moral, ce mécanisme de montagnes russes est très anxiogène ! Pourtant depuis le début je me suis totalement coupée de toutes les informations des médias.

A chaque crise, je sens que les brûlures et les étaux évoluent de position, bientôt, je ne pourrai plus respirer, c’est certain, tous mes poumons seront bientôt entièrement brulés et inutilisables ! Le moral va tellement bas, que lors d’une crise je finis par contacter à nouveau le 15. Égoïstement, j’ai tout simplement l’impression que l’on me laisse crever à la maison en attendant que mon cas s’aggrave pour m’hospitaliser … C’est lors de cet appel que j’apprends l’existence de la plateforme Covidom. Cette plateforme permet de suivre à distance les patients atteins du COVID-19. En fonction des réponses à un questionnaire journalier rempli en ligne, une personne vous appelle pour prendre de vos nouvelles. C’est très rassurant et me remonte le moral. Je me sens moins seule dans mon confinement de covidée …

Jeudi 9 avril, J28, j’ai de nouveau rendez-vous au centre sanitaire COVID. Cette fois c’est avec mon médecin traitant qui tient la permanence. Le bilan est toujours le même : aucun symptôme de gravité, tout va bien… Pourtant je continue à alterner, difficultés à respirer, diarrhées et sensation de brûlures/picotements. C’est à tel point que le soir je finirai par de nouveau appeler le 15 car cette fois c’est au niveau du coeur que je ressens l’oppression ! Les pompiers qui débarqueront chez moi, constaterons que c’était surtout du stress et de la tachycardie. Je n’irai pas à l’hôpital. En effet, dans la journée j’ai appris le décès d’une connaissance suite au COVID-19 et qui était juste agé d’un an de plus que moi …

Semaine 5, le scanner

Ce délicieux supplice chinois va continuer jusqu’au vendredi 17 avril, J37. Entre temps, je ne suis plus suivie par la plateforme covidom car j’ai dépassé 30 jours de symptômes. En effet, le protocole actuel considère que passer 30 jours quand on n’est pas un cas à risques comme moi, le COVID-19 doit être fini …

Vendredi 17 avril, J37, je finis par réussir à passer un scanner de mes poumons, ce jour là je respire très correctement. Le bilan est le même : tout va bien ! Pas de signe de gravité de pneumonie due à un COVID-19. C’est très positif, mais vu mon parcours, je suis terrifiée à l’idée d’avoir une nouvelle crise le WE. Mon médecin me prescrit finalement un antibiotique car la fièvre augmente.

Semaine 6, la guérison ?

Entre vendredi et mardi 21 avril, J40, j’ai passé 4 nuits, dont 3, où j’ai eu l’impression que tout mon corps s’échauffait de la tête aux pieds, sauf mes poumons !!! J’ai eu aussi des crises de tachycardie qui m’ont finalement values un passage aux urgences. Mais, ma respiration s’est améliorée. De plus, je n’ai plus de crise de brûlures ou de sensations d’avoir les poumons dans un étau.

Depuis Mercredi 22 avril, J41, j’ai juste une gène à la respiration dans les zones touchées par le COVID et une légère toux résiduelle. Je n’ai plus de fièvre, mais je reste très fatiguée un jour sur 2 ou 3. Je n’arrive pas à me considérer comme guérie car j’ai encore cette légère oppression. J’essaye d’écouter ma raison qui me dit que cela doit être plutôt due à l’anxiété de la traversée de cette période plutôt qu’à COVID-19…

Vive la vie !

J’ai hâte de pouvoir reprendre une vie normale, même si cela sera une vie de confinée jusqu’au 11 mai ! A ce jour, cette « grippette » m’aura tenue plus de 41 jours en arrêt maladie alors que je n’ai pas été hospitalisée … Je sens que je suis sur la voie de la guérison. Néanmoins, vu mon parcours, je ne suis pas encore sereine. Cela va s’améliorer dans les jours qui viennent. Reste à voir si j’aurai des séquelles dans les semaines ou mois à venir…

Ce billet n’est qu’un témoignage. J’espère qu’il pourra aider certains malades à appréhender cette maladie, dont on ne parle que trop souvent de la forme grave qui mène en réanimation ou la forme bénigne qui guérie en 10-15 jours … Nous sommes de plus en plus de patients entre ces 2 tableaux cliniques … Ne vous sentez pas seuls !

Et j’en profite aussi pour dire un grand merci à tous nos professionnels de santé dont « j’ai eu le plaisir » d’en croiser beaucoup au cours de ces 6 dernières semaines !!